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ⓘ Forts de Metz




                                     

ⓘ Forts de Metz

Les forts de Metz constituent deux ceintures fortifiées autour de la ville de Metz en Lorraine. Construits selon les théories de Séré de Rivières à la fin du Second Empire et de Hans von Biehler pendant l’annexion allemande, ils valurent à la ville la réputation d’être la première place forte du Reich allemand. Ces fortifications sont particulièrement soignées en raison de la position stratégique de cette ville entre la France et l’Allemagne. Les forts détachés et les groupes fortifiés de l’agglomération messine furent épargnés durant la Première Guerre mondiale, mais prouvèrent tout leur potentiel défensif au cours de la bataille de Metz, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

                                     

1. Contexte historique

Avant l’invention de l’artillerie rayée, la place de Metz était considérée comme imprenable. Au cours du XIX e siècle, les progrès de l’artillerie obligèrent les ingénieurs français à concevoir un nouveau système défensif autour de la place forte de Metz, la première ceinture fortifiée. Pour ces travaux exceptionnels, le maréchal Niel affecte spécialement une somme de douze millions de francs or. Le dispositif est à l’origine composé de quatre forts avancés et détachés, les forts du Saint-Quentin et de Plappeville à l’ouest, et ceux de Saint-Julien et de Queuleu à l’est. Ce dispositif, conçu notamment par le colonel Séré de Rivières, était inachevé en 1870.

Après le traité de Francfort, le système défensif de Metz est complété par les ingénieurs militaires allemands, par la construction de sept autres forts, entre 1871 et 1898. Ces forts, construits selon les théories de Hans von Biehler, constituent la première ceinture fortifiée de Metz. L’objectif de cette première ceinture était de tenir à distance l’assaillant, l’obligeant à s’établir à une distance telle que la ville au coeur du dispositif ne pouvait plus être directement bombardée. Les forts pouvaient en outre appuyer de leurs feux, les mouvements des troupes, lors des manoeuvres à l’extérieur de ce camp retranché.

Afin de tenir compte des progrès de l’artillerie, la première couronne de forts fut doublée par une seconde ceinture fortifiée, composée de neuf groupes fortifiés, entre 1899 et 1916. Basés sur de nouveaux concepts défensifs, tels que la dispersion et la dissimulation, les groupes fortifiés devaient constituer, en cas d’attaque, un barrage infranchissable pour les forces françaises. Les fortifications de Metz faisaient partie d’un programme de fortifications plus vaste, appelé "Moselstellung", et englobant des forteresses disséminées entre Thionville et Metz, dans la vallée de la Moselle. L’objectif de l’Allemagne était, d’une part, de se protéger contre une attaque française visant à reprendre l’Alsace et la Moselle à l’Empire allemand. D’autre part, de former un poste avancé dans les défenses françaises, capable de servir de base arrière à une offensive allemande.

Pour ce point stratégique majeur pour la défense de l’empire, l’état-major allemand poursuivit sans discontinuer les travaux des fortifications jusquà la Première Guerre mondiale. L’empereur Guillaume II, qui venait régulièrement à Metz pour inspecter les travaux, déclara à ce propos Metz et son corps d’armée constituent une pierre angulaire dans la puissance militaire de l’Allemagne, destinée à protéger la paix de l’Allemagne, voire de toute l’Europe, paix que jai la ferme volonté de sauvegarder. Metz intra-muros est alors une ville de garnison allemande animée, où se côtoient des Bavarois aux casques à chenille, des Prussiens et des Saxons aux casques à pointe et aux uniformes vert sombre, ou encore des Hessois aux uniformes vert clair. Cette garnison allemande, qui oscille entre 15 000 et 20 000 hommes au début de la période, dépasse 25 000 hommes avant la Première Guerre mondiale. Beaucoup d’officiers allemands, appartenant à l’aristocratie militaire prussienne, sinstallent à Metz avec leur famille. Cela explique que plus d’une quarantaine de généraux allemands ont vu le jour à Metz. Au hasard des mutations, les plus grands noms de l’armée allemande, comme Göring, Ribbentrop ou Guderian, sont par ailleurs passés par Metz, acquérant la conviction que cette place forte, jugée inexpugnable, était définitivement allemande. À la veille de la Première Guerre mondiale, Metz était donc devenue lune des premières places fortes au monde. Paradoxalement, la ville fortifiée ne fut que peu touchée par les combats de la Première Guerre mondiale, hormis les bombardements aériens de laviation française. Malgré les bombardements dans le quartier de la gare, cest dans une ville globalement intacte que les troupes françaises feront leur entrée le 18 novembre 1918.

Finalement, ces fortifications du XIX e siècle et du début du XX e siècle ne prouveront leur potentiel défensif quà la fin de la Seconde Guerre mondiale. Au cours de la bataille de Metz, les forts de Metz, malgré les outrages du temps, des troupes en sous-effectif, et un manque flagrant en armements, en blindages et en équipements optiques, bloquèrent une puissante armée, bien supérieure à l’armée française de 1914.

                                     

2. Conception densemble

Les forts sont généralement composés d’une ou plusieurs "casernes fortes", entourées de casemates ou de blockhaus plus petits. Ces "casernes fortes", enterrées sur trois côtés, tournent le dos aux tirs ennemis, n’offrant aux regards qu’une façade appareillée pour les plus anciennes, ou bétonnée pour les plus récentes. Les casernes ont généralement des murs de plus de deux mètres d’épaisseur et une couverture de plusieurs mètres de terre compactée, souvent renforcée après 1900 par une chape de béton d’un à deux mètres d’épaisseur. Des tunnels souterrains relient souvent les différentes structures entre elles. Les forts les plus anciens sont entourés de larges fossés, véritables douves sèches, dont la profondeur atteint par endroits une dizaine de mètres. À partir de 1900, le béton armé remplace définitivement les façades en pierres de taille. Des casemates de flanquement, armées de canons ou de mitrailleuses, et des observatoires, renforcent souvent le dispositif défensif. Des galeries "de contremines" sont parfois placées en avant des ouvrages. Les groupes fortifiés sont systématiquement dotés de centrales électriques autonomes. Ces forts, déjà entourés de fossés et dun réseau dense de fils de fer barbelés, ont parfois été renforcés par des pieux antichars, après 1930.

                                     

2.1. Conception densemble Forts de la première ceinture fortifiée

  • Fort de Queuleu 1867-1870 / Fort Goeben 1871-1890: au sud-est
  • Fort Decaen / Fort Schwerin 1878-1880
  • Fort de Saint-Julien 1867-1870 / Fort Manteuffel 1871-1891
  • Fort Gambetta / Fort Hindersin 1879-1881
  • Fort des Bordes 1870 / Fort von Zastrow 1874-1875: à l’est, complètement enterré entre les quartiers de Borny et Vallières-Les Bordes
  • Fort Déroulède / Fort Kameke 1876-1879
  • Groupe fortifié du Saint-Quentin 1867-1870 / Feste Prinz Friedrich-Karl 1872-1892
  • Fort Diou 1867-1870 / Ostfort 1872-1892
  • Fort Girardin / Fort Mannstein 1872-1892
  • Fort Saint-Privat 1870 / Fort Prinz August von Württemberg 1872-1875
  • Fort de Plappeville 1867-1870 / Fort Alvensleben 1871-1891: au sud-ouest
                                     

2.2. Conception densemble Forts de la seconde ceinture fortifiée

  • Groupe fortifié Lorraine / Feste Lothringen 1899-1905
  • Groupe fortifié l’Aisne / Feste Wagner 1904-1912
  • Groupe fortifié Jeanne-d’Arc / Feste Kaiserin 1899-1905
  • Groupe fortifié Malroy projet non réalisé
  • Groupe fortifié Verdun / Feste Graf Haeseler 1899-1905
  • Groupe fortifié François de Guise / Feste Leipzig 1907-1912
  • Groupe fortifié l’Yser / Feste Prinzregent Luitpold 1907-1914
  • Groupe fortifié Driant / Feste Kronprinz 1899-1905
  • Groupe fortifié La Marne/ Feste Freiherr von der Goltz 1907-1916
                                     

2.3. Conception densemble Ouvrages dinfanterie

À partir de 1905, pas moins de onze ouvrages secondaires virent le jour pour renforcer le rideau défensif au nord-ouest de Metz. L’ouvrage Sainte-Anne, l’ouvrage du Wolfsberg Kellermann, ainsi que les ouvrages de Moscou, Leipzig et Saint-Vincent sont construits entre les groupes fortifiés Lothringen et Kaiserin. Devant la Feste Lothringen, plusieurs autres ouvrages d’infanterie sont construits, l’ouvrage de Fèves, d’Horimont I, II, III Canrobert, d’Amanvillers et de Vémont Richepance. Tous ces ouvrages comportent des casemates d’infanterie, et sont entourés de fossés, et de fils barbelés. Au sud-ouest, où l’on attend l’attaque française, pas moins de sept ouvrages secondaires sont construits entre 1912 et 1916, entre les Feste Kaiserin et Kronprinz. En raison de leur vulnérabilité par rapport aux groupes fortifiés de la seconde ceinture fortifiée, ce groupe d’ouvrages fut surnommé "The seven Dwarves", les "Sept nains", par les GIs de la III e armée américaine, au cours de la bataille de Metz, qui se déroula entre septembre et décembre 1944.

  • Ouvrage d’infanterie de Marival / Infanterie-Werk Marival 1912-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Ouvrage dinfanterie de Chesny-nord / Infanterie-Werk Chesny 1907-1911, entre les forts de la Marne et de l’Yser.
  • Point d’appui Jussy Sud 1912-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Ouvrage dinfanterie de Fèves / Infanterie-Werk Fèves au nord-ouest de Metz.
  • Point d’appui Leipzig, entre les groupes fortifiés Lorraine et Jeanne-d’Arc.
  • Point d’appui Vaux Nord 1912-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Point d’appui Canrobert / Horimont-Stellung 1912-1916, au nord du groupe fortifié Lorraine.
  • Ouvrage dinfanterie Champagne / Infanterie-Werk Mey 1907-1912 à l’est des forts Saint-Julien et Des Bordes.
  • Point d’appui de Moscou, entre les groupes fortifiés Lorraine et Jeanne-d’Arc.
  • Point d’appui Jussy Nord 1912-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Point d’appui Richepance / Batterie Vemont, au nord du groupe fortifié Lorraine.
  • Ouvrage dinfanterie de Chesny-sud / Infanterie-Werk Chesny 1907-1911 entre les forts de la Marne et de l’Yser.
  • Ouvrage d’infanterie de Bois-la-Dame / Infanterie-Werk Bois-la-Dame 1913-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Point d’appui des Carrières d’Amanvillers / Steinbruch-Stellung 1912-1916, au nord-ouest du groupe fortifié Lorraine.
  • Point d’appui Kellermann / Wolfsberg-Stellung 1904-1906, à l’est du groupe fortifié Lorraine.
  • Point d’appui Vaux Sud 1912-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Point d’appui Saint-Hubert 1912-1916, entre Driant et Jeanne-d’Arc Seven Dwarfs.
  • Ouvrage d’infanterie Lauvallière / Infanterie-Werk Belle-Croix 1908-1914 à l’est des forts Saint-Julien et Des Bordes.
  • Point d’appui St-Vincent, entre les groupes fortifiés Lorraine et Jeanne-d’Arc.


                                     

2.4. Conception densemble Ouvrages dartillerie

Des batteries de canons sur affûts cuirassés sont construites entre les forts des première et seconde ceintures fortifiées et à l’est de la seconde ceinture:

  • batterie du chêne, au sud du fort Déroulède ;
  • batterie du Canal 1875-1877, à Montigny-lès-Metz ;
  • batteries à l’intérieur de la première ceinture fortifiée
  • batterie du Sablon, entre fort Saint-Privat et fort de Queuleu ;
  • batteries de Plappeville, entre fort de Plappeville et le groupe fortifié du Saint-Quentin ;
  • batterie de Queuleu, à l’arrière du fort de Queuleu ;
  • batterie d’Ars, à l’est du groupe fortifié Driant ;
  • batterie des Veaux, au nord du groupe fortifié l’Yser ;
  • batterie du trou du lièvre, à l’est des forts Saint-Julien et Des Bordes.
  • batterie Sainte-Agathe, au nord des fort Déroulède et Gambetta ;
  • batteries à l’intérieur de la seconde ceinture fortifiée ;
  • batterie de Crépy, au sud du fort de Queuleu ;
  • batterie de Montvaux, à l’est du groupe fortifié François de Guise ;
  • batterie de Châtel, au nord est du groupe fortifié Jeanne-d’Arc ;

Pour protéger le front à l’est de la seconde ceinture fortifiée, quatre ouvrages d’artillerie furent construits entre 1905 et 1909. Du nord au sud, la batterie de Sainte-Barbe 1907-1909 contrôle la route de Bouzonville, la batterie de Silly 1905-1908 et la batterie de Mont 1905-1907 contrôlent la route de Sarrebruck, et la batterie de Sorbey 1905-1908 contrôle la route de Morhange.

  • batterie de Sorbey /Batterie Sorbey 1905-1908.
  • batterie de Mont /Batterie Mont 1905-1907 ;
  • batterie de Sainte-Barbes / Batterie lemmersberg 1907-1909 ;
  • batterie de Landremont.
  • batterie de Silly / Batterie lemmersberg 1905-1908 ;
  • batteries à l’est de la seconde ceinture fortifiée

En plus des constructions fixes, des emplacements pour pièces dartillerie mobiles ont été aménagés à des endroits stratégiques, à Metz même, mais surtout sur la seconde ceinture fortifiée. Montés sur affuts blindés, les canons pouvaient être déplacés par chemin de fer ou par la route. La plupart de ces pièces rejoindront le front en 1914.



                                     

2.5. Conception densemble Autres infrastructures militaires

Outre ces forts avancés, de nombreuses casernes de cette époque, comme les quartiers Barbot, Bridoux, Colin, Desvallières, Dupuis, Féraudy, Lattre-de-Tassigny, Lizé, Raffenel, Reymond, Riberpray, Roques, Séré-de-Rivières, Serret, Steinmetz, ou Thomassin, ainsi que de nombreux terrains militaires dans l’agglomération messine et les communes avoisinantes, rappellent le passé militaire de la ville de Metz. Toute une infrastructure routière et ferroviaire a, par ailleurs, été spécialement créée pour desservir les différents sites militaires. Enfin, un réseau téléphonique centralisé reliait lensemble de ces sites à létat-major de la place.

                                     

3. Bibliographie

  • Heye, Festung Metz und ihre Bedeutung in den August-Kämpfen 1914, Offizier-Bund, Berlin, 1937, 16, p. 36.
  • Clayton Donnell, The German Fortress of Metz 1870-1944, Osprey Publishing, 2008.
  • Christian Dropsy, Les fortifications de Metz et Thionville, Bruxelles, 1995.
  • Die Festung Metz, Illustrierte Zeitung, volume 55 p. 171
  • Deutsche Reichsfestung Metz, sonst und jetzt, Militär-Wochenblatt, 60, 1875 p. 1143-1150.
  • Geschwindhammer capitaine, Études sur des travaux du génie militaire allemand à Metz. Les réseaux allemands télégraphiques et téléphoniques de la place de Metz. Sur quelques ouvrages allemands des fortifications de Metz., in Revue du Génie militaire, 1925.
  • Alain Hohnadel, La bataille des Forts - Verdun face à Metz, 1995, ISBN 2-84048-087-5.
  • Heye, Fortifikator-Armierg. der Festung Metz, 1914, Vierteljahreshefte für Pioniere, 1937, 4, p. 155-170.
  • Heye, Festung Metz. – Vierteljahreshefte für Pioniere, 1936, p. 215-22.
  • Inge et Dieter Wernet, Die Feste Wagner, A.D.F.M., Helios-Verlag, Aachen, 2010.
  • Die Feste Metz Ueberall, numéro 38, Berlin, 1902.

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